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GENEVE, 16 sept 2005 (AFP) - L'Organisation mondiale de la santé (OMS) se félicite de la mobilisation internationale contre la grippe aviaire mais rappelle qu'il reste beaucoup à faire pour être prêt quand la pandémie se déclenchera.
"Si l'épidémie se produisait demain, nous ne serions pas prêts", constate Christine McNab, porte-parole de l'OMS. "L'heure tourne et quand la pandémie frappera il sera trop tard". L'alerte lancée par le président américain George Bush et le Premier ministre français Dominique de Villepin à la tribune de l'ONU, mettant en garde contre "la première pandémie du 21ème siècle" et appelant à "un nouveau partenariat international", est une bonne chose. Mais "il reste beaucoup de travail à faire avant d'être prêts", ajoute Mme McNab. Un chiffre résume l'état d'impréparation de la planète: seuls 40 pays, sur les 192 Etats membres de l'OMS, ont un plan détaillé pour organiser la riposte à une souche mutante du virus H5N1 qui se transmettrait entre humains, faisant des millions de victimes comme la grippe espagnole de 1918. Car pour l'OMS, la question n'est pas de savoir si le virus va muter mais quand. "Je pense que personne ne connaît la réponse mais nous devons être sur le qui-vive. Cela peut se produire à tout moment", avait averti fin juillet la nouvelle responsable de la grippe pandémique à l'OMS Margaret Chan. L'organisation a donc envoyé il y a dix jours à tous ses membres une liste détaillée des "Mesures stratégiques recommandées pour faire face à la menace d'une pandémie de grippe aviaire". Le document envisage trois phases: la "prépandémie", lors de laquelle il conviendrait de renforcer le système d'alerte et les échanges d'informations, puis la "phase d'émergence" et enfin une "phase de pandémie déclarée", lorsque le virus franchirait les frontières. Il constate que "depuis fin 2003, le monde n'a jamais été aussi proche d'une pandémie", mais qu'il est "impossible de prévoir à quel moment (elle) se produira et quelle en sera la gravité". Il déplore aussi que "dans les pays à risque, les systèmes d'information épidémiologique et les capacités des services sanitaires, vétérinaires et de laboratoire sont faibles". Enfin il avertit que les armes disponibles -- vaccins et médicaments antiviraux -- ne sont pas assez nombreuses: "si les tendances actuelles se poursuivent, ils ne pourront être utilisés dans des quantités suffisantes ou équitablement répartis dès le début de la pandémie et même dans les mois qui suivront". Le mois dernier, l'OMS avait indiqué que les capacités de fabrication actuelles (estimées à 300 millions de doses du vaccin antigrippal ordinaire par an) "sont insuffisantes pour répondre aux besoins escomptés lors d'une pandémie". De plus, "il est impossible de les augmenter rapidement". En attendant, l'OMS fait des stocks de médicaments antiviraux. Elle a signé fin août un accord avec le groupe pharmaceutique suisse Roche pour la fourniture de 30 millions de doses, permettant de traiter trois millions de personnes. L'organisation s'inquiète aussi des inégalités Nord-Sud face à la menace: les pays les mieux préparés sont dans le monde développé mais c'est dans le tiers-monde que la pandémie risque davantage de se déclencher. Actuellement, l'Europe et l'Amérique du Nord concentrent 90% des capacités de production de vaccins antigrippaux. Depuis les déclarations solennelles de New York, l'Italie a décrété des mesures de lutte et de prévention, pour 50 millions d'euros, et le Canada a annoncé vouloir organiser une réunion internationale de ministres de la santé. Le laboratoire français Sanofi Pasteur a conclu jeudi un contrat avec le gouvernement américain pour produire un vaccin expérimental ciblant spécifiquement le virus H5N1. Mais sur le terrain, le virus continue de faire des victimes: une Indonésienne de 37 ans est décédée vendredi, ce qui porte à 63 le nombre de morts de la grippe aviaire depuis la découverte de la maladie en Asie du Sud-est à la fin 2003.
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