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Grippe aviaire

Mercredi 21 septembre 2005

GENEVE, 16 sept 2005 (AFP) - L'Organisation mondiale de la santé (OMS) se félicite de la mobilisation internationale contre la grippe aviaire mais rappelle qu'il reste beaucoup à faire pour être prêt quand la pandémie se déclenchera.

"Si l'épidémie se produisait demain, nous ne serions pas prêts", constate Christine McNab, porte-parole de l'OMS. "L'heure tourne et quand la pandémie frappera il sera trop tard".

L'alerte lancée par le président américain George Bush et le Premier ministre français Dominique de Villepin à la tribune de l'ONU, mettant en garde contre "la première pandémie du 21ème siècle" et appelant à "un nouveau partenariat international", est une bonne chose. Mais "il reste beaucoup de travail à faire avant d'être prêts", ajoute Mme McNab.

Un chiffre résume l'état d'impréparation de la planète: seuls 40 pays, sur les 192 Etats membres de l'OMS, ont un plan détaillé pour organiser la riposte à une souche mutante du virus H5N1 qui se transmettrait entre humains, faisant des millions de victimes comme la grippe espagnole de 1918.

Car pour l'OMS, la question n'est pas de savoir si le virus va muter mais quand. "Je pense que personne ne connaît la réponse mais nous devons être sur le qui-vive. Cela peut se produire à tout moment", avait averti fin juillet la nouvelle responsable de la grippe pandémique à l'OMS Margaret Chan.

L'organisation a donc envoyé il y a dix jours à tous ses membres une liste détaillée des "Mesures stratégiques recommandées pour faire face à la menace d'une pandémie de grippe aviaire".

Le document envisage trois phases: la "prépandémie", lors de laquelle il conviendrait de renforcer le système d'alerte et les échanges d'informations, puis la "phase d'émergence" et enfin une "phase de pandémie déclarée", lorsque le virus franchirait les frontières.

Il constate que "depuis fin 2003, le monde n'a jamais été aussi proche d'une pandémie", mais qu'il est "impossible de prévoir à quel moment (elle) se produira et quelle en sera la gravité".

Il déplore aussi que "dans les pays à risque, les systèmes d'information épidémiologique et les capacités des services sanitaires, vétérinaires et de laboratoire sont faibles".

Enfin il avertit que les armes disponibles -- vaccins et médicaments antiviraux -- ne sont pas assez nombreuses: "si les tendances actuelles se poursuivent, ils ne pourront être utilisés dans des quantités suffisantes ou équitablement répartis dès le début de la pandémie et même dans les mois qui suivront".

Le mois dernier, l'OMS avait indiqué que les capacités de fabrication actuelles (estimées à 300 millions de doses du vaccin antigrippal ordinaire par an) "sont insuffisantes pour répondre aux besoins escomptés lors d'une pandémie". De plus, "il est impossible de les augmenter rapidement".

En attendant, l'OMS fait des stocks de médicaments antiviraux. Elle a signé fin août un accord avec le groupe pharmaceutique suisse Roche pour la fourniture de 30 millions de doses, permettant de traiter trois millions de personnes.

L'organisation s'inquiète aussi des inégalités Nord-Sud face à la menace: les pays les mieux préparés sont dans le monde développé mais c'est dans le tiers-monde que la pandémie risque davantage de se déclencher.

Actuellement, l'Europe et l'Amérique du Nord concentrent 90% des capacités de production de vaccins antigrippaux.

Depuis les déclarations solennelles de New York, l'Italie a décrété des mesures de lutte et de prévention, pour 50 millions d'euros, et le Canada a annoncé vouloir organiser une réunion internationale de ministres de la santé. Le laboratoire français Sanofi Pasteur a conclu jeudi un contrat avec le gouvernement américain pour produire un vaccin expérimental ciblant spécifiquement le virus H5N1.

Mais sur le terrain, le virus continue de faire des victimes: une Indonésienne de 37 ans est décédée vendredi, ce qui porte à 63 le nombre de morts de la grippe aviaire depuis la découverte de la maladie en Asie du Sud-est à la fin 2003.

Par Marilys Loustalot
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Lundi 3 octobre 2005
Les scientifiques sont unanimes: partie d'Asie, la pandémie, à une échéance peut-être brève, pourrait gagner l'Europe. Il est donc impé- ratif de s'y préparer. Alerte du corps médical et des hôpitaux, stockage des médicaments antiviraux, mise au point d'un vaccin... un plan de lutte national existe. Est-il le meilleur possible? Examen

Le jingle du journal télévisé de 20 heures retentit. Et les nouvelles tombent, accablantes. Le virus de la grippe se propage à la vitesse de l'éclair dans le nord de la France. Le microbe se révèle particulièrement contagieux. Les morts se comptent maintenant en dizaines de milliers. Dans les hôpitaux débordés, les brancards s'entassent dans les couloirs. Les habitants qui tentent de fuir la région sont bloqués sur les autoroutes, en pleine tempête de neige. Le scénario catastrophe d'une pandémie grippale est devenu réalité… le temps d'un exercice de simulation organisé par le secrétariat général de la Défense nationale. De ce jeu de rôle rien ou presque n'a filtré. C'était le 30 juin dernier, dans les locaux de l'Ecole militaire, à Paris. Des représentants de tous les services de l'Etat concernés étaient présents. Mais aussi des experts de la maladie, des responsables de grandes entreprises, des médecins de ville, un pharmacien et de simples citoyens tirés au sort par l'institut de sondage Sofres. Bref, un échantillon de tous les groupes sociaux censés influer sur l'issue de la crise.

Chez les participants, le vrai-faux journal a fait l'effet d'un électrochoc. «Nous étions tous secoués», témoigne l'un d'eux. Les séquences aux urgences étaient d'autant plus convaincantes qu'elles avaient été empruntées à la canicule de l'été 2003! En ajoutant des images de naufragés de la route des hivers passés, de pseudo-interviews enregistrées avec la complicité de véritables experts, le tour était joué. «Tout était crédible», juge l'un des scientifiques chargés de répondre, ce jour-là, aux interrogations de la cellule de crise interministérielle.

Jamais la menace de pandémie n'a été aussi concrète qu'aujourd'hui. Le redoutable virus de la grippe du poulet est maintenant aux portes de l'Europe. Longtemps cantonné à l'Asie du Sud-Est, le microbe a été détecté pour la première fois en Russie cet été. Il risque de débarquer en France en voyageant avec les oiseaux migrateurs, qui se rendent dans les pays chauds avant l'hiver (voir l'infographie ci-dessus). Or ce virus animal peut, à la faveur d'une mutation, devenir contagieux du jour au lendemain chez les humains. Jusqu'ici, ce risque n'était qu'une hypothèse de scientifiques, débattue dans le petit cercle fermé des spécialistes mondiaux de la grippe. Mais le gouvernement français a annoncé, le 30 août, que le pays allait augmenter ses provisions de masques de protection et de médicaments antiviraux, tout en réservant un quota de vaccins auprès des laboratoires pharmaceutiques.
E. Saget, L'Express (29/09/2005)
Par Marilys Loustalot
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Mardi 18 octobre 2005
L'efficacité du Tamiflu suscite des doutes et pousse certains pays à constituer des stocks d'un autre antiviral, le Relenza.  | REUTERS/ROBERT PRATTA

Que pensez-vous de l'article paru sur le site de la revue Nature, vendredi 14 octobre, qui indique que le virus H5N1 peut devenir résistant au Tamiflu chez les personnes traitées avec ce médicament antiviral, dont la France a constitué un stock de 17 millions de traitements ?

 

Cette publication intéressante ne concerne qu'un cas, mais vient confirmer des éléments parus dans The New England Journal of Medicine . Cette observation conforte l'idée selon laquelle la préparation à la lutte contre la pandémie impose de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. C'est pourquoi la France est actuellement en pourparlers avec la multinationale GlaxoSmithKline afin de constituer un stock de Relenza, l'autre antiviral ayant démontré une efficacité contre les virus de la grippe. Nous pourrions ainsi améliorer notre stratégie thérapeutique en cas d'émergence de résistances au Tamiflu.

Nous avons constitué un premier stock important de cet antiviral et nous préparons un deuxième stock sans avoir de véritables certitudes, qu'il s'agisse de l'efficacité de ces médicaments contre un nouveau virus ou de l'importance des phénomènes de résistance à venir.

Nous savons en revanche que si l'on fait aujourd'hui un usage immodéré du Tamiflu, on complique beaucoup les choses. Ce médicament doit être réservé à des malades chez lesquels, pour des raisons médicales, il est important de maîtriser rapidement une infection grippale. Ce serait une erreur majeure que d'user très largement du Tamiflu à titre prophylactique.

Quelle est votre analyse de l'évolution de l'épizootie et, notamment, de la découverte de foyers de H5N1 chez des oiseaux en Turquie et en Roumanie ?

Nous devons impérativement nous intéresser au possible rôle des oiseaux migrateurs dans la propagation de certaines épidémies animales. Ce qui se passe en Turquie et en Roumanie renforce beaucoup l'hypothèse, défendue par l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), mais parfois contestée, du rôle des migrateurs dans la diffusion du H5N1. Cela nous permet aussi d'anticiper sur les événements ultérieurs.

A quoi pensez-vous ?

Ce qui est connu des voies de migration des oiseaux à partir de la Sibérie occidentale ouvre deux possibilités. La première est un accès direct vers l'Europe de l'Ouest. L'on peut s'attendre à des contacts entre oiseaux infectés et oiseaux sains dans les zones humides d'Europe occidentale, mais, au vu du nombre d'oiseaux migrants, ce scénario est toutefois jugé assez peu probable.

La seconde possibilité est en revanche beaucoup plus probable. Elle concerne la voie Méditerranée-mer Noire, qui est plus directement en connexion avec la Sibérie occidentale. Cet axe laisse redouter l'émergence de foyers au Moyen-Orient puis en Afrique. Il s'agit là d'une menace très sérieuse. On peut imaginer l'installation endémique du virus en Afrique, comme c'est le cas dans plusieurs pays d'Asie. Nous serions alors confrontés à de très grandes difficultés de contrôle de l'épizootie, puis, dans quelques mois, à la menace d'une remontée d'oiseaux migrateurs potentiellement infectés de l'Afrique vers l'Europe occidentale.

Cela impose de réfléchir rapidement à la manière dont nous pourrions aider les pays africains concernés à lutter en urgence contre les premiers foyers d'épizootie. Pour les semaines à venir, l'enjeu est clair : il concerne la capacité de la communauté internationale à se mobiliser contre l'épizootie et à répondre à l'appel lancé sur ce thème par la FAO et l'Office international des épizooties.

La situation actuelle impose-t-elle de prendre de nouvelles mesures en France ?

Nous allons devoir renforcer la surveillance des oiseaux migrateurs et de leur environnement proche dans les zones humides. Il faudra de ce fait informer les chasseurs et mobiliser les ornithologues. En cas de découvertes d'oiseaux malades ou morts, l'alerte devra être lancée au plus vite, de manière à faire des analyses biologiques spécialisées. Nous n'envisageons pas de réduire ou de limiter la pratique de la chasse, mais les chasseurs doivent prendre des précautions dans la manipulation d'oiseaux retrouvés morts ou manifestement malades.

Partagez-vous l'opinion de Liam Donaldson, votre homologue britannique, qui, dans un entretien à la BBC, le 16 octobre, a déclaré que l'émergence d'une pandémie grippale était inéluctable ?

Je partage cette analyse. Une telle pandémie émergera un jour où l'autre. Mais faire une telle prévision n'expose pas à un grand risque dès lors que l'on se situe à l'échelle de l'espèce humaine. Il en va différemment si l'on s'intéresse à une échelle de temps plus réduite. Parler pour le siècle à venir est une chose ; évoquer l'année prochaine en est une autre. Nous devons malgré tout nous préparer comme si la pandémie était pour demain.

La préparation de la lutte contre la grippe aviaire a longtemps été un exercice théorique. Désormais, c'est une entreprise très concrète, même s'il n'est pas facile d'agiter une menace importante sans générer de l'anxiété.

Source : propos recueillis par Jean-Yves Nau, Le Monde (17.10.2005)
Par Marilys Loustalot
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